Escalade en Haute-Savoie 

LES AVALANCHES

SOMMAIRE :

1 – Les avalanches (généralités)
2 – Les avalanches de plaque
3 – Les avalanches de neige poudreuse
4 – Les avalanches de neige humide
5 – Les départs en reptation (plaques de fond)

Les avalanches

Une avalanche est une masse de neige qui dévale une pente à plus ou moins grande vitesse. Sur les glaciers, il existe aussi des avalanches de glace, on parle d’avalanche de séracs, dues à l’avancée d’un glacier à une forte rupture de pente. Ce type d’avalanche n’est pas traitée dans ces propos. Une avalanche peut se déclencher pour deux raisons, qui peuvent être simultanées  : soit à cause d’une diminution de la résistance d’une partie ou totalité du manteau neigeux, soit à cause d’une augmentation du poids sur le manteau neigeux (la surcharge peut être naturelle si c’est une chute de neige ou de pluie, accidentelle s’il s’agit par exemple du passage d’un skieur). Il faut bien sûr une pente suffisamment raide (supérieure à 20° environ) pour qu’une avalanche puisse se déclencher mais la probabilité augmente avec l’inclinaison, sauf dans les pentes extrêmement raides où la neige a du mal à s’accumuler (la plupart des avalanches se déclenchent dans des pentes comprises entre 30° et 45°).

Principales caractéristiques des différents types d’avalanches :

Type Cause principale Départ Ecoulement Dépôt
Plaque Surcharge (skieur, chute de neige, etc.) Linéaire Rapide Blocs ou neige friable
Poudreuse Forte chute de neige froide Forte chute de neige froide
Ponctuel ou linéaire
Très rapide avec aérosol Peu visible
Neige humide Pluie ou fonte de la neige Souvent ponctuel Assez lent Boules
Reptation Manteau neigeux fragile sur sol peu adhérent (pentes d’herbes, dalles rocheuses, etc.) Linéaire Assez lent à très rapide selon l'état de la neige Boules, blocs ou peu visible selon neige mise en jeux

Il existe des avalanches mixtes avec départ en plaque ou neige poudreuse terminant leur course en avalanche de neige humide.

Des différents types d’avalanches, de plaque est la plus dangereuse pour les personnes évoluant en montagne. En effet, les autres avalanches ont généralement un départ spontané, sans rapport avec le passage d’une personne. Elles ne produisent donc pas de victime si personne ne se trouve sur leur trajet au moment de leur passage. Par contre, l’avalanche de plaque se déclenchant essentiellement par surcharge, elle constitue un piège pour le skieur hors-piste ou le randonneur. En effet, si certaines plaques se déclenchent spontanément sous le poids de précipitations, d’autres « attendent » le passage d’une ou plusieurs personnes.

Les avalanches de plaque

Généralités :

Ces avalanches sont dues au décrochement d’une plaque de neige, qui glisse sur une couche fragile. La rupture d’une plaque peut être comprise entre quelques mètres de largeur, dans le cas d’une mini avalanche, à plusieurs kilomètres dans des cas extrêmes. Elle est généralement comprise entre 10 et 300 m, d’où la nécessité de s’éloigner fortement dans les zones à risque lorsqu’on randonne en groupe. Son épaisseur varie de 10 cm à plus d’un mètre, voire plusieurs mètres.

Dans les médias, comme la plupart du temps de la bouche des professionnels de la montagne, même spécialistes de la neige, on entend parler de plaque à vent. La plaque à vent, comme son nom l'indique, est formée par l'action du vent sur la neige. La définition de la plaque à vent n'étant pas précise, je vais en donner ma propre définition : C'est une plaque (voir la structure plus loin) qui n'aurait pu se former sans l'action du vent. Or, dans la plupart des cas, les plaques se forment tout simplement à cause d'une chute de neige se déposant sur une couche de neige fragile (voir plus loin) pré-existante, qu'il y ait du vent où qu'il n'y en ait pas. La plupart des accidents de skieurs ne sont donc pas causés par des plaques à vent mais par des plaques. Cette nuance est importante, elle permet de comprendre que pour estimer le danger d'avalanche de plaque, il est en général bien plus important de s'intéresser à d'autres facteurs que le vent (voir plus loin).

Quelques idées à retenir :

Après une chute de neige suivant une longue période de beau temps en plein hiver, le danger dû aux plaques a tendance à être durable et bien marqué.
Lorsqu’une chute de neige, tombée à température douce avec un vent modéré, se dépose sur une neige récente très légère, le risque de déclenchement d’avalanches de plaque est souvent maximum mais il est moins durable que dans le cas précédent.
Les plaques sont plus fréquentes dans les pentes mal chauffées par le soleil : Presque partout en début d’hiver, plutôt en secteur nord en fin d’hiver, elles sont peu durables au printemps.
Une plaque peut se décrocher instantanément sur une grande largeur, d’où l’intérêt de s’éloigner fortement lorsqu’on est en groupe dans une zone potentiellement dangereuse.
Certaines plaque sont très épaisses (plus d’un mètre).
Une plaque peut se décrocher à grande distance, par exemple dans une pente raide voisine alors que l’on évolue sur un plat.
Les plaques ne sont pas détectables visuellement. En sondant et observant le manteau neigeux en profondeur à plusieurs endroits, on peut estimer un risque d’avalanche mais on ne peut être sûr de la stabilité ou de l’instabilité d’une pente.
Le vent ne joue qu’un rôle parmi d’autres facteurs pour la formation des plaques.
Les vents violents ont tendance à stabiliser le manteau neigeux, de même que les énormes chutes de neige (une fois les précipitations terminées).
Les manteaux neigeux peu épais sont généralement plus dangereux pour les skieurs hors pistes et randonneurs que quand la neige est abondante.
Des traces dans une pente n’est pas un gage de sécurité.
En forêt, le manteau neigeux n’est plus stable que si les arbres sont serrés.

Structure des plaques :

La structure de plaque comporte deux couches :
La plaque elle-même, constituée généralement de neige n’ayant pas été humidifiée et ayant une cohésion plus ou moins importante due à la cohésion de frittage. Si la cohésion est présente mais faible, il s’agit d’une plaque friable (la plaque s’effrite complètement dans le trajet de l’avalanche), si elle est importante, il s’agit d’une plaque dure (la plaque se brise en blocs que l’on retrouve dans le dépôt une fois l’avalanche arrêtée). Si l’on découpe un morceau d’une plaque dure, la neige reste en bloc. Mais attention, la plaque peut être « cachée » sous une grosse épaisseur de neige poudreuse sans cohésion.
Une couche fragile sous jacente. Celle-ci est composée de neige avec une cohésion très faible, voire nulle. Il s’agit soit d’une couche de grains à faces planes ou gobelets (neige transformée par la métamorphose de fort gradient), soit de neige fraîche légère (tombée à température froide et peu ou pas ventée). La neige de cette couche est molle voire inconsistante, il est difficile voire impossible de faire une boule de neige avec celle-ci. La couche fragile pouvant être très mince et fortement enfouie, elle peut être très difficile à détecter, de même en cas de plaque friable où les différences de dureté entre les deux couches sont souvent difficiles à discerner.

Le déclenchement d’une avalanche de plaque est dû généralement à une surcharge. Il peut s’agir d’une surcharge naturelle par les précipitations (pluie ou neige), éventuellement par une chute de corniche, ou accidentelle (passage d’un skieur, surfeur, randonneur à pied ou en raquettes). L’avalanche se déclenche aussi parfois à cause d’une baisse de cohésion de la neige constituant la plaque.

La rigidité, même faible, de la plaque lui permet de propager un début de fracture sur de grandes distances. Ainsi, lors du déclenchement de l’avalanche, une fracture plus ou moins épaisse se propage extrêmement rapidement le long d’une ligne qui peut être droite, brisée ou en arc de cercle. Quand un randonneur déclenche une avalanche de plaque à son passage, celle-ci peut se décrocher juste sous lui, souvent au-dessus de lui (le randonneur est alors emporté par l’avalanche), parfois bien en aval ou à côté de lui. En effet, la fracture se produit souvent à distance, parfois jusqu’à plusieurs centaines de mètres du randonneur, et il arrive que, sur un sol plat, on déclenche une avalanche dans une pente raide proche. Plus l’avalanche se déclenche loin du randonneur dans le cas où elle est en amont de celui-ci, plus il risquera d’être enfoui profondément sous la neige.

La formation des plaques :

1 – Plaques glissant sur de la neige fraîche :

Il y a plusieurs processus de formation :

Une chute de neige légère, peu ventée et froide, est suivie d’une chute de neige ventée à température plus douce (C’est possible lors d’une succession de plusieurs perturbations ou pendant une même chute de neige dans des conditions météorologiques différentes). La neige légère joue le rôle de couche fragile, la neige ventée à température douce a une cohésion suffisante pour partir en plaque. Dans ce cas, on obtient souvent une très grande instabilité de durée courte (quelques heures à la fin du printemps à quelques jours en hiver). Les plaques sont friables.

La plaque à vent : Pendant ou après une chute de neige, le vent arrache de la neige dans les zones exposées pour le déposer dans des zones abritées. La neige transportée par le vent prend rapidement de la cohésion de frittage typique d’une plaque (les cristaux de neige fraîche, traînés au sol par le vent, sont brisés en toutes petites particules qui se soudent les unes aux autres). Elle se dépose sur la neige fraîche et légère car peu ou pas ventée. Par ce processus de formation, les plaques sont assez localisées. Elles se forment souvent à proximité d’une nette rupture de pente : crête sommitale ou secondaire, bosse, combe, etc.. Il est assez illusoire d’espérer prévoir à l’avance dans quels versants on va trouver des plaques à vent en fonction de la direction dans laquelle il a soufflé. Seule l’observation sur le terrain peut donner une indication pertinente. La durée de « vie » d’une plaque à vent est identique au cas précédent : Contrairement à certaines croyances, une plaque à vent ne persiste pas tout un hiver !
Au printemps (Environ à partir du mois de mars), des plaques généralisées peuvent se former de manière très temporaire et sans vent : A cause du fort rayonnement solaire, souvent même à travers des nuages, la partie supérieure d’une couche de neige fraîche de densifie plus rapidement (et prend de la cohésion) que la partie sous-jacente. On obtient donc un profil de plaque (neige compacte sur neige très molle). Ce type d’instabilité disparaît très rapidement (quelques heures en général).

2 – Plaques glissant sur des grains à faces planes ou gobelets :

En hiver, les périodes de beau temps, surtout quand elles sont longues, ont tendance à déstructurer la surface du manteau neigeux. Si la neige n’est pas trop dense et n’est pas trop ensoleillée en cours de journée, elle perd progressivement de sa cohésion, se transforme en grains à faces planes puis en gobelets. La couche fragile alors formée peut être généralisée. En cas de chute de neige, un profil de plaque se forme alors dans toutes les pentes dans lesquelles on trouve la couche fragile. L’instabilité peut être très durable : Plusieurs jours à plusieurs semaines. Les hivers peu enneigés sont très favorables à ce type de structure, à cause des périodes de beau temps et de la faible épaisseur du manteau neigeux qui accentue la déstructuration de la couche fragile. C’est souvent pendant ces hivers où l’on dénombre le plus d’accidents d’avalanches.

3 – Diminution du danger après la formation de plaques :

Cinq facteurs peuvent contribuer à la diminution du danger :
Consolidation de la couche fragile : Si elle est composée de neige fraîche celle-ci va prendre de la cohésion en l’espace de quelques jours (hiver) ou quelques heures (printemps). Si elle est composée de grains à faces planes, la prise de cohésion dépendra du degré d’évolution : Quelques jours s’ils sont petits et peu développés, plusieurs semaines dans le cas contraire. En l’absence d’humidification, les gobelets n’arrivent pas à reprendre de la cohésion.
Augmentation de l’épaisseur de neige poudreuse : En cas d’importante couche de neige poudreuse sur la plaque (plus de 80 cm à 1 m), le passage d’un skieur est amorti, d’autant plus que la couche est épaisse. Le problème est que le manteau neigeux est d’épaisseur variable à cause du vent. Avec une chute de neige d’un mètre, on peut donc avoir par exemple une couche de neige fraîche qui varie de 60 cm à 1 m 40. Un skieur traversant une zone où la neige fraîche est plutôt mince peu déclencher une plaque se propageant dans des secteurs où elle est très épaisse.
Consolidation de la plaque : Après une très grosse chute de neige ou en cas de ciel couvert avec des températures douces, le manteau neigeux se consolide au fil des jours. Même s’il y a une couche fragile persistante (gobelets ou gros grains à faces planes), la plaque résiste alors de plus en plus au passage de randonneurs.
Déstructuration de la plaque : La couche de neige constituant une plaque soumise à une période de beau temps, en hiver dans une pente peu ou pas ensoleillée, voit sa cohésion diminuer. Elle se transforme lentement en grains à faces planes et perd donc sa qualité de plaque. Une plaque peu se désagréger en une journée si elle est peu dense et peu épaisse, ne pas se désagréger si elle est très épaisse et dense (Mais elle est alors assez voire très résistante).
Humidification importante : Si l’humidification, due à la pluie ou à la fonte, concerne une couche suffisamment épaisse (au moins quelques centimètres) et est suivie d’un regel, la solide croûte de regel qui se forme alors au sommet de la plaque la rend très résistante, donc peu ou pas sensible au passage de randonneurs. Mais une croûte peu épaisse soumise à une période de beau temps, en hiver dans une pente peu ou pas ensoleillée, peu voir sa solidité diminuer au fil des jours.

4 – Le rôle du vent :

Quand on parle des avalanches de plaque, on pense souvent plaque à vent et on a tendance à croire que le vent est le facteur principal. Pourtant, il joue la plupart du temps un rôle secondaire, le principal étant la couche fragile, préexistante avant une chute de neige. Il est vrai qu’en cas de vent nul pendant les précipitations, par température froide, la neige peut ne pas avoir suffisamment de cohésion, de rigidité, pour se décrocher en plaque, même en présence d’une couche fragile, mais il n’est pas fréquent d’avoir une chute de neige importante sans vent et au printemps, le profil de plaque peut quand même se former temporairement à l’intérieur de la couche de neige fraîche. Les grosses tempêtes, elles, ont tendance à stabiliser le manteau neigeux : Dans les zones exposées au vent, elles décapent la neige meuble pour ne laisser qu’une couche résistante; Dans les zones où la neige s’accumule, les éventuelles plaques sont souvent très épaisses et solides. Finalement, le vent a un rôle aggravant surtout quand il est moyen (50 à 80 km/h) puisqu’il crée des plaques à vent sensibles au passage de randonneurs. Mais sans présence de couche fragile préexistante, le danger est souvent localisé alors que dans le contraire, il peut être quasi généralisé, d’où l’influence plus importante de la sous-couche par rapport à celle du vent.

Peux-t-on détecter les plaques ?

Une plaque n’est pas visuellement détectable. On peut parfois repérer des champs de neige ayant été ventée donc ayant la cohésion de la neige de plaque. Mais en observant la surface du manteau neigeux, on ne sait pas s’il y a une couche fragile enfouie permettant le profil de plaque (Garder en mémoire que plus que le vent, c’est souvent la sous-couche qui permet la formation des plaques). D’autre part, une plaque à vent peut être camouflée par de la neige poudreuse non ventée. La présence d’une corniche sur une crête indique la présence d’une zone d’accumulation de neige sous celle-ci, donc éventuellement d’une plaque à vent. Mais il faut savoir que la plupart des plaques ne sont pas surmontée par une corniche et que sous une corniche, une présence de plaque à vent n’est pas systématique puisque la durée de vie d’une plaque est bien plus courte que celle d’une corniche.

On peut trouver un profil de plaque en creusant dans le manteau neigeux afin de détecter la présence éventuelle d’une couche fragile enfouie sous une couche de neige ayant une cohésion suffisante mais pas trop importante. Une bonne expérience est nécessaire pour réaliser une telle observation. Certains profils sont très caractéristiques, notamment quand il s’agit d’une plaque dure : Par exemple neige bien compactée en grains fins sur une couche de gobelets. D’autres sont très difficilement détectables, par exemple si la couche fragile est très mince, surtout si elle est profondément enfouie, ou en cas de plaque friable (Dans ce cas la plaque elle même a à peine plus de cohésion que la couche fragile). Toutefois, il faut connaître certains signes d’un manteau neigeux à profil de plaque : L’apparition de bruits sourds (« woum ») lors de l’avancée de randonneurs; La présence d’une couche bien molle sous une couche plus résistante, parfois détectable en enfonçant un bâton de ski à l’envers, par sa poignée (Attention, certaines plaques peuvent se décrocher sur un mètre d’épaisseur, voir plus). Il faut en outre savoir que le manteau neigeux est d’une grande variabilité et que le sonder à un endroit ne permet pas de généraliser le résultat. Dans tous les cas, on ne peut jamais être sûr à 100% de la stabilité ou de l’instabilité d’une pente, on ne peut qu’estimer une probabilité d’avalanche.

L’observation de la surface du manteau neigeux offre une information très intéressante juste avant une nouvelle chute de neige : Là où l’on skie dans de la neige pulvérulente (neige récente très légère) ou des gobelets (neige sans cohésion à l’aspect de sucre en poudre), il y aura certainement un profil de plaque une fois cette couche enfouie sous la nouvelle chute de neige et donc un danger élevé (le contraire n’est pas toujours vrai).

Les hivers les moins enneigés sont les plus dangereux :

Contrairement à une croyance répandue, les hivers les moins enneigés provoquent souvent le plus grand nombre de victimes d’avalanches chez les randonneurs et skieurs hors-piste. En effet, s’il y a peu de neige, il y a de fréquentes périodes de beau temps permettant la formation de grains à faces planes ou de gobelets en surface, d’autant plus que cette métamorphose est favorisée par une faible épaisseur de neige. Ainsi, à la première chute de neige la probabilité d’avoir une sous-couche fragile, nécessaire au profil de plaque, est importante. Le faible enneigement est aussi synonyme d’épaisseur modérée des plaques, donc d’une certaine fragilité.

Une pente déjà skiée n’est pas gage de sécurité :

Si le doute peut nous prendre à l’entrée dans une pente vierge, la présence d’une ou plusieurs traces aurait tendance à nous rassurer. Pourtant, prudence ! En effet, on connaît de nombreux exemples de skieurs emportés par une plaque alors que d’autres étaient passés auparavant sans problème.

La solidité d’une plaque peut être très faible, auquel cas le déclenchement de l’avalanche par un skieur est inévitable. Elle peut-être moyenne et le déclenchement ne sera alors pas systématique. Dans ce cas, il y aura rupture de la plaque uniquement en cas de passage dans une zone sensible (« hot point ») de celle-ci. Des traces existantes peuvent donc être présente sur la plaque si aucun point sensible n’a été skié… ce qui ne sera peut-être pas le cas au passage suivant.

Le risque en forêt :

Le risque d’avalanche est-il faible en forêt : Oui si les arbres sont rapprochés, non si la forêt est clairsemée ou dans une clairière (le risque est d'ailleurs aggravé par les chocs contre les arbres en cas d'avalanche). A l’intérieur de la forêt, la formation de grains à faces planes et de gobelets est plus difficile qu’à l’extérieur à cause des arbres qui piègent le rayonnement infrarouge, comme le fait la couverture nuageuse ailleurs. Les arbres offrent en outre de nombreux ancrages au manteau neigeux et favorisent la transformation de neige qui s’est déposée sur les branches avant de retomber au sol. Attention toutefois en cas de situation propice à de grosses avalanches : Une avalanche partie d’une altitude supérieure à celle de la forêt peut emporter tout ou partie de celle-ci (voir la section sur les avalanches de neige poudreuse).

Les avalanches de neige poudreuse

Ces avalanches se déclenchent lors de grosses chutes de neige froide et légère : En cas de forte intensité de précipitation, l’édifice instable de fragiles cristaux de neige grandit trop rapidement, jusqu’à la rupture. Le vent, à cause du transport de neige qu’il provoque, augmente la probabilité de départ de ce type d’avalanche dans les zones d’accumulations. Dans une pente raide, si une petite portion s’effondre, amorçant un début de glissement vers l’aval, elle entraîne alors la neige présente sur son parcours. C’est un départ « en poire » (départ ponctuel), la petite coulée s’élargit progressivement, son volume augmente au fil de la trajectoire, tant que l’inclinaison est suffisante pour maintenir le mouvement, et tant que la neige est suffisamment molle pour se faire emporter par l’avalanche. Mais l’amorce de l’avalanche de neige poudreuse provient aussi fréquemment de la rupture naturelle d’une plaque (Cf. section sur les avalanches de plaque) sous le poids des précipitations. Elle a alors initialement une plus grande largeur et donc un volume plus important. Les avalanches majeures en neige poudreuse ont un départ en plaque. Une des particularités de l’avalanche de neige poudreuse est l’apparition d’un aérosol : Dès que la coulée de neige a une vitesse suffisante, elle provoque à l’avant des turbulences dans l’air, qui soulèvent des particules de neige très légère. On obtient alors un mélange d’air et de glace, un « gaz » plus lourd que l’air, qui s’écoule très rapidement vers l’aval. L’avalanche de neige poudreuse est donc constituée d’une coulée de neige, comme toute avalanche, précédée d’un aérosol très rapide, pouvant atteindre des vitesses de l’ordre de 100 à 200 km/h, voire plus. Cet aérosol, par l’effet de surpression qu’il exerce à son arrivée, peut être très destructeur et peut provoquer la noyade par inhalation des cristaux de glace. A cause de sa grande vitesse et de sa faible densité, l’avalanche de neige poudreuse, surtout l’aérosol, à tendance à se déplacer en ligne droite sans se soucier du relief, l’aérosol parcourrant une distance souvent bien plus importante que la coulée. L’avalanche de neige poudreuse laisse souvent un dépôt peu visible ou invisible, d’autant plus qu’il est très souvent recouvert par les chutes de neige en cours.

Les conditions nécessaires au départ et à l’accélération des avalanches de neige poudreuse, importante chute de neige froide et légère, ne se rencontrant pas dans la plupart secteurs habités l’hiver, trop bas en altitude, les victimes de ces avalanches sont peu fréquentes, d’autant plus que les conditions météorologiques qui règnent à ce moment là sont défavorables à la randonnée ou au ski hors-piste. Toutefois, dans certains hivers atypiques, comme en février 1999 (Haute-Savoie : Montroc, Valais : Evolène, Autriche : Galtür) elles provoquent parfois des dégâts dans les villages.

En cas de mauvais temps, on peut être tenté d’aller randonner en forêt. Attention en cas de risque de grosse avalanche de neige poudreuse : Une avalanche se déclenchant au-dessus de la limite supérieure de la forêt peut l’emporter en partie ou totalement !

Les avalanches de neige humide

Une importante humidification de la neige provoque une baisse de sa cohésion (sauf si la couche de neige humidifiée n’en a déjà pas : gobelets, grains à faces planes !) et peut donc provoquer des avalanches. L’humidification peut avoir deux causes : La pluie ou la fonte. Dans les deux cas, l’eau arrive dans le manteau neigeux par la surface puis pénètre à l’intérieur. En cas de pluie ou de fonte sans soleil (Par exemple par ciel couvert avec une température nettement positive), l’humidification concerne tous les versants simultanément jusqu’à une certaine altitude. En cas de fonte due au soleil, les versants concernés sont ceux suffisamment réchauffés par le soleil, par exemple au mois de mars : versants est puis sud puis ouest. En début d’hiver (décembre, janvier) la fonte due au soleil ne concerne que les pentes plein sud et raides lorsque l’air est suffisamment doux. A la fin du printemps, elle concerne toutes les orientations, toutes les inclinaisons, voire toutes les altitudes. Des différents type d’avalanches, l’avalanche de neige humide est la plus lente mais la neige est très dense, elle peut donc provoquer des dégâts importants. Une avalanche de ce type laisse un dépôt très caractéristique composé de boules de neige très dense.

- Les avalanches de neige récente humide : En cas de présence de neige fraîche ou très récente (neige poudreuse de quelques jours maximum), les avalanches se déclenchent rapidement après le début de l’humidification. En général, elles n’emportent que cette couche de neige meuble. La grosseur des avalanches est donc liée à l’épaisseur de neige récente. Si l’humidification est due à la pluie, il se produit alors une crue avalancheuse peu après le début des précipitations : De très nombreuses avalanches se déclenchent en peu de temps (environ une heure) aux altitudes où il pleut, l’activité avalancheuse est beaucoup plus restreinte ensuite. Les avalanches de neige récente humide ont un départ « en poire » (départ ponctuel).

- Les avalanches de vieille neige humide : En l’absence de neige récente, l’activité avalancheuse est plus lente à démarrer, les avalanches sont généralement moins nombreuses, mais elles peuvent se déclencher avec un départ en plaque, donc sur des largeurs importantes, d’où possibilité d’avoir de plus grosses avalanches (Exemple extrême  : Avalanche du tunnel du Mont-Blanc le 16 mai 1983).

Les avalanches de neige humide ne provoquent pas un grand nombre d’accidents : La neige est lourde et peu agréable à skier, la fréquentation hors piste est donc réduite. Les randonneurs expérimentés reconnaissent les conditions favorables et se méfient. Ils savent qu’au printemps, période favorable à l’humidification de la neige, il faut partir tôt pour rentrer tôt, avant que la neige ne chauffe trop. En général, l’avalanche de neige humide qu’un skieur déclenche ne se décroche pas au-dessus de lui. Soit il n’est pas emporté, soit il reste en surface avec en conséquence un risque de décès beaucoup plus faible. Quant aux grosses avalanches qui atteignent le fond des vallées, à moins d’avoir un volume exceptionnel, elles suivent le plus souvent des trajectoires bien connues et répertoriées où il n’y a pas d’habitation.


Les départs en reptation (avalanches de plaque de fond)

Ce type d’avalanche est souvent assimilé aux avalanches de neige humide (de vieille neige humide) car la plupart en font partie. Pourtant, il existe des avalanches de plaque de fond en neige sèche, qui comportent de grandes analogies avec la première variété.

La plaque de fond est la seule avalanche influencée par le type de sol. Celui-ci ne doit pas être trop rugueux ni coupé par des terrasses qui constituent des ancrages pour la neige posée sur le sol. Il est le plus souvent constitué de pentes herbeuses ou de dalles rocheuses.

Ces avalanches ont un départ linéaire, comme les avalanches de plaque, elles emportent le manteau neigeux sur toute son épaisseur, jusqu’au sol (jusqu’au fond du manteau neigeux). Les plaques de fond se déclenchent lorsque le manteau neigeux est peu résistant sur toute son épaisseur. Il y a alors un phénomène de reptation : Dans les pentes au sol favorable et à l’inclinaison suffisante, le manteau neigeux glisse très lentement vers l’aval (quelques centimètres à un mètre par jour). Par endroits, l’avalanche ne se déclenche pas et il y a uniquement formation de fissures. Ailleurs l’avalanche de plaque de fond se déclenche subitement. Il y a des endroits où l’avalanche se déclenche sans fissure préexistante, d’autres avec. Une situation à avalanche de plaque de fond est une situation durable. Il n’y a pas de crue avalancheuse mais l’activité dure plusieurs jours à plusieurs semaines. Plus la masse de neige est importante, plus les avalanches sont bien sûr volumineuses mais aussi nombreuses. Ainsi, si certaines pentes ont leur départ de plaque de fond tous les hivers ou même plusieurs fois par hiver, d’autres, moins favorables, n’en ont qu’en cas d’enneigement anormalement élevé. Les endroits défavorables (par exemple dans une zone d’éboulis) n’ont jamais de départ de plaque de fond (mais une avalanche peut éventuellement provenir de pentes supérieures).

- Les plaque de fond en neige humide : On les observe lorsque le manteau neigeux est humide sur toute son épaisseur, une fois le manteau neigeux suffisamment affaibli. Si ces situations nivologiques sont typiques du printemps, elles sont assez fréquentes en plein hiver, généralement dans les pentes sud de moyenne montagne lors de longues périodes de beau temps doux. Pendant les belles journées, les plaques de fond en neige humide se déclenchent essentiellement l’après-midi et en soirée. L’activité est plus précoce en orientation est qu’en sud et ouest (voire nord). Elle est plus tardive quand l’épaisseur du manteau neigeux est importante. D’une manière générale, le risque est faible lorsque le regel est bon (neige bien portante à pieds), sauf en cas d’enneigement exceptionnellement fort.

- Les plaques de fond en neige sèche : Bien plus rares, elles se déclenchent souvent après de grosses chutes de neige sur un sol non enneigé. L’avalanche peut ensuite se propager en avalanche de neige poudreuse. Exemple de situation à plaque de fond en neige sèche : En 1996 dans les Alpes du nord, de grosses chutes de neige arrivent fin novembre après un début d’automne doux et assez sec n’ayant pas permis la constitution d’une sous-couche. Autre exemple : En 1999 en Haute-Savoie, des périodes ensoleillées en janvier dégarnissent certaines pentes sud à cause de la fonte ou bien du déclenchement de plaques de fond en neige humide ; Ensuite, les grosses chutes de neige de février se déposent directement sur l’herbe. Des avalanches de plaque de fond en vieille neige sèches sont aussi possible lors d’hiver particuliers, soumis à de longues périodes de beau temps, tels les hivers 2004-2005 et 2005-2006.

Contrairement aux avalanches de plaque, les plaques de fond ne sont a priori pas déclenchées par le passage de skieurs ou randonneurs. Si on ne peut éviter de traverser des pentes soumises à ce risque, une manière de le minimiser est de ne pas s’attarder dans ces endroits ou en contrebas.